L’autopartage entre voisins: une révolution de mobilité collaborative

it's a small world (c) Salil Wadhavkar flickr

L’autopartage, c’est emprunter la voiture de son voisin quand il n’en a pas besoin. Mais c’est aussi réfléchir autrement à l’utilisation de son véhicule : est-ce vraiment le moyen le plus efficace pour tous mes déplacements ?

L’économie collaborative, basée sur le partage de bien et non sur leur possession, est en plein boom. Des initiatives fleurissent partout à travers le monde pour proposer des services alternatifs. D’abord adoptée par une frange de la population lasse de l’obsolescence programmée et de la surconsommation, l’économie du partage entre tout doucement dans les foyers et taille petit à petit sa part du gâteau dans nos habitudes de consommation. L’autopartage, c’est-à-dire mettre sa voiture en partage avec ses voisins ou ses connaissances, est un projet né il y a une dizaine d’années en Belgique. Créé en Flandre sous le nom d’Autopia, le concept a su faire ses preuves avec 4000 membres et 450 groupes d’autopartage. Un réel succès qui montre que le projet répond concrètement aux enjeux de la mobilité d’aujourd’hui.

Le concept peut paraître encore flou aux yeux de certains, d’autant que l’opinion publique a souvent tendance à confondre « covoiturage » et « autopartage ». Le premier est le fait de prendre des personnes sur un trajet (domicile-travail ou vacances à l’étranger par exemple) et de diviser les frais entre les covoitureurs. Le conducteur propose des sièges pour un itinéraire spécifique. Dans le cas de l’autopartage, chacun utilise la voiture à son tour, seul, selon ses besoin. Il offre la même liberté que le fait de posséder soi-même son propre véhicule. Vous l’empruntez à votre voisin pour n’importe quel trajet : aller faire ses courses, aller chercher un meuble chez Ikea, conduire les enfants au sport, visiter la famille à la campagne, etc.
Imaginez Emilie, violoncelliste, qui utilise sa voiture uniquement le soir pour transporter ses instruments pour des représentations. La journée, le véhicule pourrait être utilisé par Malik qui va faire ses courses tous les lundis. Et par Mathilde le mercredi après-midi pour amener son fils chez le dentiste. Le reste du temps, la voiture reste à sa place comme la plupart des 500.000 voitures bruxelloises, qui sont à l’arrêt 23h par jour. Face à ce constat, on ne peut qu’espérer un développement de l’autopartage pour libérer l’espace public, emprisonné aujourd’hui par les parkings et le « tout à la voiture ». Surtout que l’on sait aujourd’hui qu’une voiture partagée remplace de 4 à 12 véhicules privés.

Il est surprenant de voir les sommes dépensées encore aujourd’hui uniquement pour la possession d’une voiture : 410 euros par mois (4.930 euros par an !). Le prix de très belles vacances pour 4 en famille ! Cozycar, imaginé par les ASBL Taxistop et Autodelen.net, propose dès lors une formule win-win : l’emprunteur de la voiture participe aux frais du véhicules via une contribution au kilomètre basée sur son utilisation et le propriétaire, grâce à cette indemnisation, peut rembourser l’ensemble de ses frais fixes (assurances, contrôle technique, taxe de mise en circulation) qu’il aurait dû de toute manière payer, que sa voiture roule ou non. Un système qui s’ancre totalement dans l’économie du partage : aucun profit ne peut être fait par le propriétaire, celui-ci ne fait que partager les coûts. C’est pourquoi Cozycar a établi une feuille de calcul qui reprend l’ensemble des coûts liés à la voiture (amortissement, entretien mais aussi essence par exemple) pour proposer aux autopartageurs un prix au kilomètre qui correspond au coût réel de la voiture. Celui-ci varie souvent entre 0,25 et 0,35 euros par kilomètre.

Je prête ma voiture à ma voisine lorsque je n’en ai pas besoin les soirs et week-ends. Elle roule environ 400 kilomètres par mois. Ma voiture me coûte 0,25 €/km tout compris, ce qui fait que je reçois 95€ par mois pour couvrir tous les frais de mon véhicule.

Martin, Nivelles

Et concrètement ?

Le site internet cozycar.be est une plateforme qui permet, entre autres, de mettre en contact les autopartageurs. Une carte dynamique permet d’avoir un aperçu de la situation d’autopartage dans son propre quartier : y a-t-il déjà des groupes près de chez moi ? Des voisins sont-ils intéressés ? Il suffit ensuite de prendre contact avec eux, de les rencontrer et de connaître leurs besoins (déplacement en week-end, soirée, …). Il est important de pouvoir planifier l’utilisation de sa voiture pour un autopartage efficace. Place à l’improvisation, oui, mais avec un minimum de planification.

Tous les documents nécessaires au lancement d’un groupe sont ensuite à télécharger sur le site cozycar.be et à compléter : un règlement pour y inscrire toutes les modalités du partage (où remettre la voiture, quand peut-on l’emprunter, etc.) et un contrat conclu entre les protagonistes afin de ne laisser la place à aucune surprise.
Le groupe peut souscrire à une assurance spécifique pour l’autopartage, qui individualise les bonus-malus. Le propriétaire n’est donc pas embêté en cas d’accident. Enfin, le calendrier en ligne permet d’avoir un aperçu sur toutes les réservations du groupe. Tous les outils ont été pensés pour faciliter la mise en place d’un nouveau groupe.

Building

(c) Philippe Leroyer flickr

Enjeu de proximité

Avec Cozycar, l’autopartage ne ressemble en rien à de la location de véhicule. L’objectif est de créer des groupes à un niveau local, dans une rue, un quartier afin de faire naître par la même occasion un sentiment d’appartenance à une communauté. Face à une individualisation en pleine croissance, surtout dans les villes très denses en population où plus personne ne connaît vraiment son voisin, il est important de retravailler le lien social entre les riverains. Et l’autopartage est un bon prétexte pour entamer de nouvelles relations, sur un projet commun et autour de valeurs communes. Cozycar permet une redynamisation du quartier basée sur le partage et une ouverture vers d’autres services comme Peerby par exemple, une plateforme d’échange d’objets entre voisins. Imaginez un quartier où tous les biens pourraient être prêtés facilement : voiture, visseuse, outils de jardinage, etc. Une belle économie et une chouette alternative à la possession de biens qui reviennent parfois très cher pour quelques minutes d’utilisation par an.

Vous pouvez faire de l’autopartage quelque chose d’amusant et d’agréable. Pour Saint-Nicolas et Pâques, nous avons une règle : une famille joue Saint-Nicolas, l’autre le lapin de Pâques. Quand on rend la voiture à cette période, on doit la nettoyer à fond et la remplir de friandises. C’est peut-être la raison pour laquelle nos enfants (et nous-mêmes…) trouvons l’autopartage si amusant.

Frederika, Berchem

Un partage win-win

  • Pratique: les tâches et corvées sont réparties entre les membres, chacun peut alors décider de faire ce pour quoi il est doué et ce qu’il préfère.
  • Bon marché: les frais d’achat et les frais fixes sont divisés, ce qui rend l’autopartage nettement moins coûteux que la possession individuelle d’un véhicule. Le propriétaire peut économiser jusqu’à 3000€/an. L’autopartage augmente aussi la mobilité de personnes qui n’auraient pas eu les moyens de s’acheter une voiture autrement.
  • Transparent: en recevant du propriétaire un décompte détaillé régulièrement, vous savez précisément ce que la voiture vous coûte en réalité, au contraire de beaucoup de propriétaires individuels qui n’en ont souvent aucune idée.
  • Bon pour la santé: celui qui utilise moins la voiture prend plus facilement le vélo, ou choisit une combinaison de marche et de transport en commun, il fait donc plus d’exercice physique.
  • Social: en partageant une voiture, vous entrez en contact avec des personnes de votre voisinage, et vous  ajoutez de la convivialité dans votre quartier.

Le citoyen épaulé

Les pouvoirs publics peuvent faire pencher la balance et inciter à changer le comportement mobilité des citoyens. Les communes, par exemple, ont un rôle actif à jouer dans le développement de formes alternatives à la voiture. Il est possible de soutenir l’autopartage en appuyant une politique de stationnement favorable, en diffusant l’information via les canaux de communication adéquats pour sensibiliser les habitants ou en partageant, comme en Flandre, une flotte de véhicules communaux quand ceux-ci ne sont pas utilisés. Une manière de rentabiliser un poste de dépense important et de rendre service avec du matériel déjà disponible – sans frais supplémentaire donc.

A chaque déplacement son mode de transport

La distance moyenne des déplacements des Bruxellois en voiture est de 6 kilomètres. 25,4% de ces déplacements sont inférieurs à 1km, et 50% inférieurs à 3kms ! Il est surprenant d’imaginer les citadins prendre leur véhicule pour un trajet qui aurait pris 10 minutes à pied, ou 3 minutes en vélo. Grâce à l’autopartage, les utilisateurs réfléchissent davantage à leur moyen de déplacement : pas question de réserver une voiture à son voisin pour aller chercher le pain à 1km. Les autopartageurs prennent donc davantage les transports en commun, le vélo ou choisisse la marche à pied. L’autopartage facilite le choix du meilleur moyen de transport pour chaque déplacement. Dans chaque situation, il est intéressant d’avoir un aperçu de tous les moyens de transport possibles et de choisir au cas par cas, le mode le plus efficace. Cela a un impact direct sur le nombre de voitures en circulation dans les rues de la capitale. Un impact non négligeable quand on sait que 370.000 véhicules roulent quotidiennement dans Bruxelles et ce, seulement pour les trajets domicile-travail. L’utilisation de la voiture devient alors une option rationnelle et non plus un réflexe : la voiture n’est plus considérée comme le mode de transport principal. Avec l’autopartage, elle reste une possibilité, parmi un éventail d’alternatives.

Les possibilités offertes par la technologie et l’évolution des mentalités face au « tout à la voiture » permettent de piocher aujourd’hui dans un gamme de possibilités pour se mouvoir autrement : partager une voiture avec ses voisins, carsharing (cambio), borne de vélos partagés (Villo!, Blue-bike), service avec chauffeurs transports en commun, etc. Les initiatives fleurissent, et promettent de voir la ville sous un tout autre jour d’ici quelques temps. Patience…
Et maintenant : Inscrivez-vous sur cozycar.be, profitez de tous les outils disponibles et trouvez vous aussi vos futurs autopartageurs près de chez vous !

Cozycar est un service d’autopartage entre particuliers proposé par les ASBL Taxistop et Autodelen.net.

Article paru dans le Moniteur de la Mobilité [page 8]
Photo (c) Salil Wadhavkar flickr & Philippe Leroyer flickr