Jour J bis + la fin

Aux tréfonds de la Belgique , on raconte l’histoire de deux jeunes hommes partis vagabonder – comment ils sont parvenus à quitter le pays grâce à un concours ; comment ils ont traversé les 2600 kilomètres de chemin qui les menèrent jusqu’aux sommets du Monténégro ; l’histoire de leur voyage.

Et comme le temps a filé si vite, et que tant de choses ont eu lieu, on oublie déjà certains détails de leurs aventures, certaines de leurs nombreuses et éphémères rencontres, leurs surprises et leurs imprévus.

Quoiqu’il en soit, on raconte en Belgique que…

Rémi et Pierre arrivèrent à Zabljak dans la soirée. Les étoiles commençaient à scintiller et les grand tétras retournaient machinalement vers leur nid.
Au bout d’une petite place macadamisée, on voyait quelques chiens, sans doute nomades, se rassembler autour d’un petit restaurant dont le brasier dardait ses rayons chauds à travers l’air humide du crépuscule.

C’est là que les deux amis déposèrent leurs bagages, pour ensuite décrypter la carte du menu, écrite en Monténégrin. Huit euros pour un steak au poivre, 12 euros pour une truite farcie et un euro le demi-litron de bière : voilà qui devrait les satisfaire. Déjà, ils sentent l’odeur alléchante qui monte du grill, et se mettent à saliver. Peu de temps après, la serveuse arrive avec les victuailles : à voir leur visage illuminé, on devine qu’il s’agit probablement du meilleur repas servi depuis le début de leur voyage.

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La peau du ventre bien tendue, ils quittèrent l’établissement ; une femme, tout de jaune vêtue et qui tentait de louer ses chambres aux touristes égarés, vint les aborder et, au lieu de les amadouer en vantant la qualité de ses habitations, leur délivra toutes les informations dont ils avaient besoin : comment se rendre au meilleur camping du coin, quelle bière acheter, où trouver un supermarché et un distributeur automatique, etc.

C’est ainsi que, repus et bienheureux, ils se mirent à la recherche du camping de Mlinski Potok. Situé en contrebas du village de Zabljak, à quelques mètres à peine de l’entrée du parc national de Durmitor, le camping de Mlinski Potok offre au routard une infrastructure rudimentaire mais néanmoins suffisante au prix de 3€50 par nuit et par personne. Sa valeur réside surtout dans la vue extraordinaire qu’il offre sur les montagnes du parc, et l’accueil chaleureux des propriétaires dont les rasades quotidiennes de schnaps seront difficilement évitables.

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Pour éviter d’alourdir ce texte déjà suffisamment obscur, nous changerons dès à présent de point de vue narratif et reviendrons à notre traditionnelle écriture à la première personne.

Contents, nous nous sommes couchés de bonne heure. Parfois, à peine notre lampe-torche éteinte, nos yeux se fermaient si vite que nous n’avions pas le temps de nous dire : « t’as checké tes bourses pour les tiques ? ». Au milieu de la nuit, on se faisait surprendre par le chant des loups qui criaient au firmament et, retenant notre haleine, nous écoutions les lamentations des meutes jusqu’à ce que celles-ci ne soient plus que de discrets murmures qui se perdent entre les sommets rocheux.

Le lendemain, on loue des vélos moldaves à un gavroche pour 1€ de l’heure, puis on part faire une promenade autour du crno jezero (black lake) dans le parc de Durmitor, là où le galbe sombre et vert des pins s’en va fondre dans les eaux noires du lac. Le chemin, peu adapté aux bicyclettes, nous donne du fil à découdre. « Les voyages forment la jeunesse », qu’ils disaient… On est presque obligés de s’ouvrir une nouvelle canette à chaque demi-heure afin de rester constamment hydratés. Rémi souhaite ensuite aller nager. Il veut sentir l’odeur des vairons, des algues et de la roche mouillée. Il dit que cette odeur vous fait vivre davantage ; qu’elle vous fait apprécier la vie et qu’elle suffit pour vivre heureux. Pour rien au monde je ne souhaiterais rater le spectacle des accès de lyrisme de Rémi.

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A notre retour, il règne au camping une joyeuse ambiance. Une vingtaine de scouts belges se sont amassés autour du feu et nous invitent à pousser avec eux la chansonnette : Ik neem je mee, Le jour un, Let her go… toute une gaie compilation des grands hits 2014/2015 ! En grands amateurs de kermesses que nous sommes, on se lance de notre côté dans un jeu du clou : Gorana, la jeune fille du camping, nous rejoint à cette occasion et nous enseigne de nombreux mots monténégrins ; elle nous apprend également à attraper et à dompter les prdi baba, ces princes des nues maladroits et bruyants. Taquine, elle s’amuse à en glisser sous le t-shirt de Rémi. On voit vite naitre entre ces deux-là une belle et fraîche complicité, qui sait ce que la soirée nous réservera ?

Ce soir-là, on fait également la connaissance de deux autres belges (oui, on en a rencontré énormément, bizarrement) : d’une part, An, une jeune une jeune flamande téméraire et aventureuse, qui a décidé de partir seule jusqu’en Serbie (on vous laisse son instagram, c’est rempli de jolies photos de voyage) ; d’autre part, Olivier, un jeune étudiant louvaniste venu passer une semaine de vacances sportives au Monténégro. On se lie réellement d’amitié, et on décide tous les quatre (hélas, Gorana a du boulot et ne peut donc pas accompagner Rémi) de partir en randonnée en montagne le lendemain matin : on nous a conseillé une balade de plus ou moins 4h jusqu’au Bobotov Kuk, le plus haut sommet du parc de Durmitor, qui culmine à quelques 2500 mètres.

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Nous prîmes le parti de nous lever très tôt afin de bénéficier de températures clémentes pour notre ascension. On nous avait assuré de la présence de sources tout au long de notre parcours, aussi, nous ne prîmes chacun qu’une gourde et, bien sûr, quelques pastilles d’iodure. Voyez l’heureuse procession se mettre en marche, mue par le désir et la soif d’aventures ! Au bout de quelques kilomètres, un chien errant vint grossir les rangs et décide de nous suivre. Rémi, qui n’a jamais sa langue dans sa poche, l’appelle Norbert, en référence au cinquième mousquetaire éponyme.

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Nous nous fîmes surprendre par la soif bien plus vite qu’escompté. Au bout de quelques heures, nos gourdes furent vides, et nulle source ne venait crever les herbages de la plaine et les bancs rocheux des hauteurs. Il n’y eut de flux que les vagues de chaleur et l’onde brûlante du soleil. Sur le chemin, on tombe nez à nez sur la cabane d’un berger, où il est possible d’acheter à boire… mais uniquement des bières ! Fort heureusement, nous parvînmes à grappiller de-ci de-là de précieuses gouttes d’eau auprès des quelques marcheurs que nous rencontrâmes en chemin : on ne remerciera jamais assez ce couple de québécois qui nous firent don d’une bouteille entièrement remplie d’eau fraîche.

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Nous liâmes également connaissance avec un couple de jeunes viticulteurs résidant au même camping que nous. Leur parcours est relativement proche du nôtre, puisqu’eux aussi ont voyagé jusqu’ici de manière alternative… entièrement à vélo, et depuis 5 mois ! Pour vous faire rêver davantage et peut-être vous donner l’envie de vous lancer dans une telle entreprise, on vous donne le lien de leur blog de voyage!

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On nous avait encore refilé des informations foireuses. Alors que nous avancions à un rythme assez soutenu, on aura finalement pris 8h30 pour faire notre parcours, au lieu des 4h prévues. L’ascension se fit escalade sur les dernières centaines de mètres qui nous séparent du sommet de Bobotov : nous fûmes obligés d’abandonner à d’autres marcheurs notre brave et vaillant Norbert. Le sommet du massif, que nous partagions avec les vautours fauves et les aigles de Bonelli, nous offrit une vue stupéfiante et bien méritée. Une valisette fixée entre les rochers nous permit de laisser une trace de notre passage (et de faire un peu de pub pour Taxistop).

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Après de nouvelles heures de rudes grimpées et descentes, on arrive à la caverne de glace, située sur la crête d’Obla Glava à quelques 2200 mètres de hauteur. Une corde permet au marcheur de descendre au fond de la grotte, là où des stalagmites transies forment des écueils de verre sur les eaux glacées, sans glisser sur les pentes abruptes et gelées. On en profite pour remplir nos bouteilles d’eau et boire enfin jusqu’à plus soif.

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Tout à coup, c’est la catastrophe : Rémi, qui a plongé sa main dans l’eau glacée, voit son pouce doubler douloureusement de volume. Depuis lors, ce phénomène se produit chaque fois qu’il met sa main dans l’eau froide, tout son bras peut se mettre à gonfler ; si vous connaissez un médecin ou savez vous-même nous en dire un peu plus sur ce phénomène, laissez un commentaire ! Des marches creusées dans la glace permettent de remonter jusqu’à l’air libre, il s’agit cependant de ne pas glisser ! Une chute dans les eaux froides risque bien de vous faire clamser.

On redescend au camping en fin de journée, épuisés mais fiers, pour un petit restaurant bien mérité et une bonne nuit de sommeil. Avant de dormir, on réserve pour la journée suivante une séance de canyoning dans la Tara River, le deuxième plus long canyon du monde, uniquement détrôné par le Grand Canyon américain.

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Le canyoning fut sans doute l’une des meilleures façons de terminer ce voyage. Guidés par un moniteur exceptionnel, on enchaîne les tourbillons, les virages serrés, les plongeoirs naturels, les bras de Rémi qui gonflent, etc. « Do you wanna do some risky swimming ? It’s rilie fun » – nous lance le mono’. Tel L’embrouille au guichet de bus, on répond tous « For sure » ! Chose promise chausse pieds ! On accroche fermement son gilet de sauvetage, on écarte les bras, on tend les jambes devant son corps, et on se jette dans les rapides ! Inoubliable moment, où l’on boit plusieurs litres d’eau et se fait limer la croupe par de nombreux rochers.

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Mais voici venue l’heure de quitter An, Olivier et le nord du Montenegro, et de nous rendre à l’aéroport de la capitale. On va donc jusqu’à la belle Podgoritsa, Charleroi monténégrine (on dit ça parce que ces deux villes abritent un aéroport, bien sûr), où l’on se trouve un hostel pour passer notre dernière nuit de façon sereine.

Toutes les bonnes choses ont une fin. On est en Belgique. On est un peu médusés. Qu’est-ce qu’on va faire demain ? Quand on a commencé la rédaction de ce blog, on savait qu’il y aurait un début, un milieu et une fin. L’écriture du premier blog a été merveilleuse ; maintenant, on peine à écrire ces dernières lignes.

On espère sincèrement que ce blog vous aura plu, qu’il vous aura donné l’envie de préparer votre sac à dos. On espère que l’un d’entre vous reprendra bientôt le flambeau et écrira à son tour le récit de ses expériences alternatives, pour que l’on continue à rêver et à ressentir une fois de plus ce sentiment de fraternité universelle qui donne réellement sens à l’humanité.

Léah, Filip, Evelynn, Manon, Moritz, An, Olivier, Léo, Goarana et son frère, Anaïs, Norbert, Tomasch, Ameya, Pèter, on en oublie des dizaines, et surtout Taxistop… on ne vous remerciera jamais assez pour avoir rendu possible cette expérience inoubliable.

Bref, on a eu un voyage parfait.