Mobilité partagée: une alternative tout public?

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Extraits de l’article « Mobilité partagée: une alternative tout public? » (Alteréchos, 20/12/2016, Julie Luong)

Pollution, embouteillages, coût: la voiture individuelle semble avoir fait son temps; bienvenue dans l’air du covoiturage et des taxis partagés. Oui mais. Ce récent consensus ne devrait pas faire oublier que les problèmes de mobilité ne concernent pas uniquement les navetteurs pressés mais aussi les publics les plus fragilisés, pour qui cette question est d’ailleurs intimement liée à celle de l’intégration sociale.

Hep taxi social

L’asbl Taxistop, pionnière de la mobilité partagée avec des services comme carpool et plus tard cambio, a développé dès 1982 la Centrale des moins mobiles. En Flandre, 72% des communes proposent déjà ce service qui n’a été lancé en Wallonie qu’en 2008. «L’idée est de proposer un service qui permette à des personnes, notamment parmi les plus âgées, de sortir de l’isolement social grâce à un réseau de chauffeurs bénévoles qui peuvent les conduire à un rendez-vous médical mais aussi chez des amis, au restaurant, au théâtre, ou même les y accompagner», explique Sandrine Vokaer, responsable de projet chez Taxistop. Ces bénévoles sont souvent eux-mêmes des pensionnés mais aussi des chômeurs, des travailleurs à temps partiel… Le tout étant d’avoir une voiture et un peu de temps à donner. Pour l’usager, le coût de ce service est de 34 cents par kilomètre, soit l’équivalent du montant forfaitaire fixé pour les déplacements professionnels. De quoi couvrir les frais des bénévoles mais nullement d’arrondir leurs fins de mois. On est loin de l’ubérisation. «La volonté est de pouvoir toucher d’autres publics que ceux qui utilisent nos plateformes de covoiturage classique. Mais les conditions ne sont pas non plus trop restrictives puisque le service est ouvert aux personnes qui perçoivent au maximum deux fois le revenu d’intégration sociale», poursuit Sandrine Vokaer. Le service est par ailleurs géré au niveau local, Taxistop fournissant à chaque centrale ses logiciels, outils et expertises. «Nous souhaitons qu’à l’avenir la Centrale des moins mobiles soit présente dans l’ensemble des coordinations locales ou des communes, assure de son côté Philippe Lorent, directeur de la planification de la mobilité au sein de la DGO2. Tous les acteurs, et notamment les TEC, sont aujourd’hui conscients qu’il faut une solution adaptée pour chaque utilisateur, y compris pour les personnes à mobilité réduite (PMR).»

«Les voitures adaptées coûtent 5.000 à 10.000 euros en plus pour les aménagements. Le partage permet de rentabiliser cet investissement.» Nicolas Baudoux, Taxistop

Les «PMR»: c’est à destination de ce public encore largement exclu de la mobilité partagée que Taxistop a développé un autre service dédié, Avira. «Les voitures adaptées sont des voitures qui coûtent cher, en moyenne 5.000 à 10.000 euros en plus pour les aménagements. Le partage permet donc de rentabiliser cet investissement, tout en permettant aux personnes qui n’ont pas les moyens de posséder un véhicule de ce type d’y avoir accès», explique Nicolas Baudoux, chargé de projet chez Taxistop. Un service qui, tout comme la Centrale des moins mobiles, ambitionne de compléter l’offre de mobilité grâce à des groupes locaux.

Les PMR partagent aussi

«Là encore, l’initiative a démarré en Flandre en 2014, où on compte 12 groupes d’autopartage. Il a été étendu au reste de la Belgique en 2015. Il y a actuellement quatre véhicules partagés à Bruxelles et un en Wallonie. On constate en effet que, si certaines communes marquent leur intérêt, les mentalités ne sont pas toujours prêtes», poursuit Nicolas Baudoux. Il faut dire que, pour les personnes à mobilité réduite qui possèdent un véhicule adapté, celui-ci est souvent leur unique moyen de transport. Les réticences sont donc parfois grandes, même si Avira prévoit des garanties, notamment avec un bonus-malus individualisé, qui signale chaque utilisateur comme coconducteur sur la police d’assurance et protège donc le propriétaire en cas d’accident. «Taxistop, qui reçoit des subsides des Régions, ne prend aucune commission: on est dans l’économie collaborative pure et dure, sans but économique, contrairement à des plateformes comme BlaBlaCar. Cela signifie aussi qu’on ne retrouve nulle part des prix aussi bas que dans notre système, avec la contrepartie que nous sommes moins flexibles que d’autres services: cela demande un peu d’organisation en amont, notamment l’inscription à un groupe de partage», poursuit Nicolas Baudoux.

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